Alliance fâcheuse

Fiche de renseignement dressée par la préfecture de l’Orne au sujet de Charles Prempain, architecte à Argentan (29 juin 1859).

Position de famille : Origine personnelle très honorable. Alliance fâcheuse motivée par l’existence d’un fils, seul enfant de cette union, et qui est élevé convenablement.

[…]

Moralité : a eu une jeunesse orageuse. Se conduit régulièrement depuis plusieurs années.

Principes politiques : n’a jamais paru s’occuper de politique ; n’a donné lieu à aucun reproche dans l’accomplissement de ses devoirs de citoyen. On peut croire même que de ce côté, il a résisté à des entraînements puissants.

Jouit-il de la considération publique ? Est réputé généralement un homme honnête et laborieux et si considération a eu à souffrir de son mariage, des circonstances et des précédents de cette alliance, on doit cependant reconnaître qu’il s’est déterminé à la contracter par des motifs honorables.

« Alliance douteuse » donc entre Charles Prempain, architecte de 36 ans, qui épouse en 1855 à Almenêches (Orne), Marie Rosalie Le Chevalier, 36 ans, mariage permet la reconnaissance de l’enfant Charles Désiré, 12 ans (et futur architecte). Forcément, ça fait jaser parmi la notabilité ornaise…

Source : Archives nationales, F/19/7880.

 

Sées politiquement correct (ou pas)

Le 26 juillet [1895], un ouvrier charpentier le sieur Dudouit agé de 52 ans occupé à prendre des mesures pour l’établissement d’étaiements nécessaires à la reprise de la pile sud-ouest du transept de la cathédrale de Séez, est tombé à la renverse d’une échelle de 4m sur le dallage, et s’est tué sur le coup ; il laisse une femme et six enfants : l’aîné, 22 ans, soldat, au 31e d’artillerie au Mans, le second, apprenti boulanger à Séez, le 3e âgé de 18 ans idiot, le 4e âgé de 15 ans, perruquier au Mans, une fille de 8 ans et un dernier fils de 6 ans, idiot.

Aussitôt informé, je m’empresse de porter à votre connaissance ce fait qui ne peut être imputé qu’à un hazard malheureux.

Veuillez agréer Monsieur le Ministre l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

V. Petitgrand, [architecte diocésain].

No comment.

Source : Archives nationales, F/19/7880.

Archéologues en herbe

Le mardi 14 mai 1895, les ouvriers occupés au déblaiement du sol du déambulatoire de la cathédrale de Séez […] ont mis à découvert la sépulture de Serlon d’Orgères, sacré évêque de Séez en 1091 et mort le 27 octobre 1123.

[…]

À l’ouverture, le corps a été trouvé dans la position où il avait été mis au moment de la sépulture, recouvert du suaire, la proéminence du thorax encore très sensible. Mais sitôt que l’on y a touché le corps et les vêtements s’en sont allés en poussière ; seul le crâne est resté à peu près intact portant encore le galon principal de la mitre qui le recouvrait avec quelques lambeaux de l’étoffe qui la comparait.

Courrier de l’architecte Victor Petitgrand au ministre de la Justice et des Cultes, 27 juin 1895.

Source : Archives nationales, F/19/7880.

Symphonie foudroyante pour orgue briochin

Symphonie en 3 actes :

  • 1843-1847 : choix du projet et du facteur d’orgue (adagio)
  • 1847-1848 : reconstruire l’instrument (allegro)
  • 11 juillet 1852, 5h 1/2 du soir : se prendre la foudre (prestissimo)

Le feu du ciel qui est venu s’abattre sur la cathédrale de Saint-Brieuc et qui a fracassé la flèche de bois de cet édifice et compromis la solidité de la tour en pierre qui la supporte, a pénétré dans l’église par le bas de la croisée contre laquelle vient s’appuyer le côté gauche du buffet d’orgue et a produit dans cet instrument des ravages aussi extraordinaires que regrettables […]

Les deux courants [électriques], après avoir traversé l’intérieur de l’orgue dans tous les sens, et notamment de gauche à droite, et du haut en bas, en suivant une ligne brisée, semble s’être réunis à un même point sous la porte d’entrée de la tribune pour disparaître, en laissant des marques de leur passage le long du montant de la porte d’entrée.

[…]

La commotion générale produite par l’explosion de la foudre dans les diverses parties de l’orgue a dérangé l’accord de tous les jeux, et altéré les foncions de tout le mécanisme.

[…]

Rapport du facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll, août 1852

Coût des travaux : 14 000 francs (quasi la moitié du prix des travaux effectués 4 ans plus tôt).

Source : Archives nationales, cote F/19/7866.

Les enfants, « c’était mieux avant… »

Je suis informé que fréquemment des pierres sont lancées par des enfants dans les fenêtres de la cathédrale de Reims et aussi, dans les sculptures des porches. On a même pu voir des enfants escalader les socles et se hisser le long de ces porches.

Ces faits regrettables à tous les points de vue ont été signalés à la police, […], sans résultat.

Lettre de l’architecte Denis Darcy au ministre de l’Instruction publique, des beaux-arts et des cultes, 28 octobre 1895.

Mais aussi : Paris en 1838 ou encore Marseille en 1883 (à coup de feux d’artifice !).

Source : Archives nationales, travaux de restauration de la cathédrale de Reims, F/19/7835.

 

Point météo du 31 juillet

Le 31 juillet 1886, un ouragan provoque une inondation de l’orgue de la cathédrale de Reims…

Nous [la fabrique] avons appelé de suite le facteur chargé de veiller à l’entretien de nos orgues ; il retira à la hâte l’eau jaunâtre qui remplissait chaque tuyau des jeux d’anches et qui s’infiltrait dans les sommiers très compromis, et constata ensuite que le mécanisme entièrement mouillé ne fonctionnait plus, à cause du gonflement subit des bois ; il trouva aussi la soufflerie envahie ; enfin il déclara qu’on ne pourrait se rendre un compte exact des réparations à faire, qu’après le démontage et l’examen de toutes les pièces atteintes par les eaux.

Ce dommage que nous signalons, Monsieur le ministre, a été occasionné par les travaux qui sont faits en ce moment à l’une des tours du transept nord. Les précautions prises pour l’écoulement des eaux d’orage au dehors, n’étaient sans doute pas suffisantes ; l’expérience, du reste, l’avait déjà démontré une première fois en mai. Hélas ! elle l’a cruellement démontré une seconde fois encore, le 31 juillet à 2 heures 1/2 pendant l’heure de repos des ouvriers.

Source : Archives nationales, travaux de restauration de la cathédrale de Reims, F/19/7834.

Dans le sens du poil (rémois)

Ah ! Puisse-t-elle [sa Majesté] lire dans le coeur de tous les Rhémois, elle y verroit gravés en caractères de feu Vive à jamais Napoléon Legrand, le héros de l’Europe, le pacificateur du continent, le restaurateur de l’ordre, de la morale, des vrais principes, du bonheur, et bientôt de la liberté des mers.

Pétition des notables de Reims pour obtenir des crédits pour la restauration de la cathédrale, 31 août 1807 (bon, ils ont obtenu un décret impérial l’année suivante avec une subvention de 85 000 francs, comme quoi, la brosse à reluire…).

Source : Archives nationales, travaux de restauration de la cathédrale de Reims, F/19/7831.

De la question sociale dans les travaux de l’Etat

Dans les dossiers de restauration des cathédrales, il n’est pas rare de voir apparaître la question sociale dans les courriers adressés par les préfectures à l’administration centrale, et notamment la nécessité de fournir du travail aux ouvriers, notamment à l’approche ou au sortir de l’hiver, ou lors des crises frumentaires.

Ainsi, à Rennes, en 1812 :

[…] depuis plus de 27 semaines, cent ouvriers de divers états ont été employés à cet édifice, et qu’ils y ont trouvé des moyens de subsistance dans des circonstances extrêmement critiques.

 

Ils vont se trouver sans travail à une époque peu favorable aux constructions, et dans des circonstances où les sacrifices faits par le petit nombre de citoyens aisés, qu’offre la ville de Rennes, leur laissent peu d’espoir de se procurer du travail et des moyens de subsistance.

Par contre, ce genre de commentaire, quelques années après (1818), est une première !

On peut faire travailler les malheureux là ou leur faiblesse, leur paresse ou leur inexpérience n’a pour résultat qu’une perte de têms, mais danss les objets d’arts toute considération autre que celles de l’ouvrage même doit être nulle.

Sources : Archives nationales, restauration de la cathédrale de Rennes, F/19/7840