#Giletsjaunes

En tous lieux, on quittait le travail le samedi au 3e coup de vêpres. Les fêtes religieuses, nombreuses, étaient chômées, tout comme les fêtes de corporations. Et pourtant, ces gens-là se plaignaient. Or, quels étaient leurs principaux sujets de doléances? Les tailles, les impôts, assurément, comme en tous temps et en tous pays, mais le fait aussi qu’ils eussent toujours au-dessus d’eux quelqu’un dont old dépendaient. Ils avaient le sentiment de ne jamais vraiment disposer d’eux-mêmes ni des fruits de leur effort.

Les Rois maudits. La Louve de France (tome 5).

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Le choeur des femmes

– Qu’est-ce que tu me proposes ? répond Karma en ouvrant des yeux lubriques.

Elle soulève une pile de documents poussiéreux.
– De m’aider avec les dossiers d’hospitalisation des années 1975 à 1990. Ils sont au sous-sol dans l’attente que quelqu’un veuille bien s’en occuper. Il faudrait aller ranger ceux-ci dans leur boîte et me rapporter les suivants pour que je les numérise.

– Ils t’ont chargée de quinze années d’archivage ? dis-je, scandalisée.

– Moi et toutes les secrétaires de la maternité. Et ça ne peut pas être compté en heures supplémentaires, bien sûr.

– Et tu le fais quand même ?

– Quand j’ai un moment, je vais en chercher une poignée et je les enregistre dans la base de données. Je sais que je ne devrais pas, l’hôpital devrait embaucher quelqu’un à plein temps pour le faire, mais tant que ça n’est pas fait, il faut galérer pour accéder à certains dossiers. Ou pour suivre certaines patientes à la trace…

[…]

Le long du couloir, les grands meubles métalliques à tiroir, portant des dates et des lettres, sont toujours là. Je devrais pouvoir y trouver ce que je cherche.

Je franchis, l’une après l’autre, les portes coupe-feu, en examinant soigneusement les étiquettes apposées sur les tiroirs. 1989, 1987, 1983… Je pousse encore une porte.

[…]

Contre les cloisons, on a installé des meubles à tiroirs comme ceux qui tapissent les murs du couloir, mais aussi des armoires métalliques, des placards à dossiers, de grandes étagères portant des cahiers, des libres, des liasses de feuilles, des dossiers cartonnés, des registres, mais aussi de vieilles machines informatiques.

Martin Winckler, Le Choeur des femmes, pp. 465 et 466 ; 639-641.

« ces généalogistes suspects… »

[…] ce n’est pas d’après la date qu’il y a lieu de classer les copies d’un document, mais d’après le degré d’autorité que leur donne le plus ou moins de soin avec lequel elles ont été exécutées. Une copie de Mabillon ou de Baluze, par exemple, devra toujours être présumée plus correcte qu’une copie authentique et lui être préférée pour l’établissement d’un texte, quelle que soit du reste la date de la copie authentique. Il en serait autrement d’une copie qui serait l’oeuvre d’un de ces généalogistes suspects comme il y en a eu toujours en si grand nombre.

Giry, Manuel de diplomatique, éd. 1925, p. 27. Consultable sur Gallica

« archiviste maniaque… »

Tu choisissais tes phrases phrases, récurées et polies, une à une, précises et asséchées, tu les saisissais comme on s’empare d’un livre sur une bibliothèque. D’ailleurs tu avais l’air d’un médecin ou d’une archiviste maniaque.

Lola Lafon, Nous sommes les oiseaux de passage de la tempête qui s’annonce, Babel, p. 83

Breton corrigé

Paris : peut-être avec Nantes la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine, où certains regards brûlent pour eux-mêmes de trop de feux […], où pour moi la cadence de la vie n’est pas la même qu’ailleurs, où un esprit d’aventure au-delà de toutes les aventures habite encore certains êtres.

Raccomodeur de porcelaine

« [Notre successeur archiviste] sera dans les conditions où nous nous trouvons nous-mêmes pour traiter les fonds de la période 1800-1940, obligés que nous sommes de passer notre temps à raccommoder la faïence ou plus noblement à faire de la reconstitution archéologique. »

Gérard Naud, La Gazette des Archives, n°75, 4e trimestre 1971, p. 186-187.

 

Ce soir, je me sens comme la raccommodeuse en faïence croisée dans un rôle de la capitation de 1760. Soupir et béatitude.